25 Dans HUMEURS/ MATERNITÉ

ACCOUCHER, (SOUFFRIR), DEVENIR

J’ai besoin de ressentir de fortes émotions pour me mettre à écrire. À raconter. À parler de choses intimes. Parfois c’est dans la tristesse et la mélancolie que les mots les plus doux me viennent. C’est au retour d’une balade avec Mona et Léon, les écouteurs vissés sur les oreilles que je sens venir l’inspiration. Musique à fond. Mona dort. Et moi. Moi je ressens. Je ressens que je dois écrire. Le meilleur jour de ma vie. Je dois le raconter. Partager le beau, c’est la mission que je me suis donnée. Et quoi de plus beau qu’une naissance ? Franchement, quoi ? Quoi de plus beau que de donner la vie. J’ai longtemps réfléchis. Quasi deux mois et demi. Pour savoir si c’était bien ou non, de vous raconter ce jour. Peur de manquer de pudeur. Mais à la fois je trouve ça foncièrement important de partager mon ressenti sur ce jour inoubliable. La vie, la vraie. Me remémorer chaque petits détails. Ecrire pour ne jamais les oublier. Et puis aussi, si je peux, rassurer. Se mot tellement important lorsqu’on attend un bébé. Rassurer celles qui ne sont pas encore passées par là. Et il est parfois difficile de se rassurer avec les expériences traumatisantes de certaines, celles qui ne veulent pas raconter. Comme dans la vie, nous sommes toutes différentes face à la maternité et à ses moments personnels. Mais je veux raconter, je le décide là tout de suite maintenant, sur la terrasse, musique à fond. Je crois au pouvoir de la transmission. Je crois à l’entraide féminine. Sororité. Mon accouchement ne sera jamais un tabou. Et à vous qui m’avez suivi avec tant de bienveillance tout au long de ma grossesse, je veux vous raconter à quel point c’est beau. Beau de donner la vie. Il est temps que je vous raconte sans craindre de vous effrayer, car tout comme ma grossesse mon accouchement a été pour moi. Pour nous. Magique.

J’ai adoré être enceinte. Il m’a encore plus aimé en étant enceinte.

C’est une chance.  Epanouie comme jamais. Malgré les aléas, les petits tracas. Je sais que ne n’est pas le cas de tout le monde et je le conçois. Mais si je devais donner un seul conseil ce serait celui de ne pas penser trop tôt à son accouchement. Inutile de ressentir du stress, de se faire des scénarios, rien ne se passe jamais comme nous l’imaginons. Moi je savais juste que je voulais un accouchement le plus naturel qui soit. Gérer la douleur. Aller au bout sans péridurale (lol).  Accepter uniquement d’être noyée dans un flot d’ondes positives. Ne pas sous estimer son corps.  L’encourager. Nous sommes faites pour ça. Donner la vie. Ne pas stresser, ça va aller. La douleur est secondaire, vraiment. Simplement se dire que l’on va mettre au monde l’innocence, la pureté. Jusqu’au bout j’ai adoré regarder des vidéos, lire des témoignages, suivre des comptes Instagram où on voyait tout … () Rassurée de voir vraiment ce qui m’attendait même si certaines images ont pu me choquer entre guillemets. D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours été fascinée par la maternité, la grossesse, l’accouchement. Je trouve ça beau et j’avais hâte de vivre chacun de ses moments. Ma plus grande peur n’était pas l’accouchement finalement, mais le post-partum. Le corps d’après. Le couple. L’intimité. Mais cet « après » je pourrai aussi vous le raconter.

Plus que 3 jours avant le terme annoncé. Je suis heureuse mon bébé aura attendu le mois de mai comme je le souhaitais. Maintenant suis prête à l’accueillir mais je profite pleinement de ces derniers instants avec elle rien que pour moi. J’aime tant ce gros bidon. C’est peut-être bizarre à dire, mais je ne me suis jamais sentie autant « moi » en étant enceinte. Femme. Je sais déjà que je vais être nostalgique de se ventre à câliner, se ventre que j’ai exhiber fièrement durant ces 9 mois. Ce corps qui faisait briller encore plus ses yeux d’amoureux Je suis prête, même si c’est difficile d’être loin de ma famille, de mes amis. Non je n’accoucherai pas en Auvergne dans la maternité où je suis née. Loin de mes plans sur la comète. Loin de mes projets tant rêvé. Non ma maman ne sera pas là à l’instant T … Mauvais timing. Mais l’essentiel à cet instant précis c’est nous deux, c’est d’être amoureux. Et nous le sommes plus que jamais. Soudés. Plus que quelques heures avant d’être liés pour l’éternité. L’après-midi arrive et je m’inquiète, je ne sens plus mon bébé bouger. Elle qui m’a habitué au plus belles pirouettes commence à fatiguer, je le sens, je le sais. Ni une ni deux j’appelle la maternité. J’attends mon chéri, je suis prête à y aller. On charge la valise de maternité, on imprime (enfin) notre projet de naissance. On le lit, on le relit. Une façon pour nous d’avoir l’impression de gérer pleinement la situation.  Illusion. Sur le trajet je suis super excitée. Je me dis que c’est peut-être le jour J. On rigole, on se chamaille. Notre manière à nous de ne pas stresser. L’attente est longue aux urgences, et finalement après plusieurs examens (Echographie et prise de sang), nous pouvons rentrer à la maison. Déception. Mais rassurée de savoir que notre bébé est en bonne santé. On nous dit de revenir samedi matin pour faire un nouveau contrôle.

Je me repose. (Enfin !). Et puis je prépare notre nid douillet. Je câline Léon. J’attend demain avec impatience. Et si elle naissait un quatre comme son Papa ? Je peaufine ma playlist « Baby is coming » sur Spotify, je me replonge dans le projet de naissance. Nous sommes en amoureux, il ne faut pas louper cette journée qui sera peut-être la dernière rien que tous les deux. En tout cas elle ne se décide toujours pas à sortir de moi. On lui parle, je la berce. Elle aussi doit être bien au creux de moi. On part chercher de la junkfood et on s’arrête sur le trajet pour faire des photos.

Nous avons rendez-vous à 9h30 aux urgences. Valise de nouveau chargée, cette fois-ci je me dis que c’est le jour J. Je commence à m’impatienter au fond de moi. Je veux la rencontrer. Mon bébé. On me fait à nouveau plusieurs examens. Etant à J-1 de mon terme la sage-femme me demande si je veux qu’elle me fasse un décollement des membranes. Je comprends vaguement ce que c’est. Heureusement je n’avais jamais lu quoi que ce soit à ce sujet. L’importance de se laisser aller, de ne pas stresser à l’avance. Etape par étape. J’accepte, il paraît que ça peut accélérer l’arrivée du bébé. Celles qui me suivent sur Instagram se souviennent peut-être de mes danses dans le couloir de la maternité … Et bien c’était juste après. J’ai donc largement survécue même si ce n’était pas le truc le plus agréable qui soit. Positive, toujours ! Il n’est pas loin de midi et enfin le médecin me fait une échographie. Boom. Je n’ai plus de liquide amniotique. Boom. Demain je serai déclenchée,  pour la santé de notre bébé. Boom. Je ne perdrais pas la poche des eaux comme dans les films (haha). À ce moment là je suis un peu perdue. Tout devient concret. On sait quand je vais accoucher. Même si tout se jouait à quelques jours, c’est trop bizarre, d’avoir une date vraiment fixée. Rien ne se passe jamais comme prévu. À ce moment là j’espère encore qu’elle arrivera par elle même. Programme de la journée : marche, ménage, … et tout et tout. À ce moment là je crois encore que je peux accoucher dans quelques heures. En quelques heures.

A peine arrivés à la maison, les contractions. On sait quand ce sont les vraies. Pas de doute. Le travail commence. Je suis sereine comme jamais. La douleur est supportable. On déjeune en tête à tête dans la cuisine. Mon chéri lui commence à vraiment paniquer. On rigole, encore. On est dans notre bulle. Elles sont de plus en plus régulières et rapprochées. Mais je décide d’attendre le plus longtemps possible pour éviter les longues heures d’attente à la maternité. Je passe l’aspirateur. Cela devient de plus en plus intense. J’ai trop hâte. Il fait les cent pas. Il commence à avoir plus peur que moi. Pour moi. Du coup il est 19h00 on se décide à y aller. On laisse Léon en garde dans ma belle-famille, on sait qu’on ne dormira pas à la maison ce soir. Je suis triste de le laisser, lui qui m’aura veillé jusqu’au bout.

Ça y est on passe les portes des urgences obstétriques, cela commence à être douloureux mais ici la principale préoccupation c’est que je donne bien tous mes papiers à la réception. Carte vitale, mutuelle, ok ! … euh je vais accoucher là en fait. Je sens que j’ai moins de patience mais j’ai le contrôle de mon corps. On s’échange des regards complices devant la secrétaire qui en a ras le bol d’être là, et puis on prend, je prend mon mal en patience. Enfin on nous installe dans une chambre et me branche au monitoring. Les contractions sont de plus intenses, les courbes vacillent sur le papier millimétré. Où vont-elles s’arrêter ? Cela devient son jeu de les regarder, moi je les sens bien passer. Pour atténuer la douleur je décide de danser, faire le clown, ça a plutôt bien fonctionné. Après une heure à être relié au monitoring et entendre que tout va bien côté coeur de notre bébé, on nous installe dans une chambre qui sera la notre durant notre séjour à la maternité. Je n’accoucherai pas ce soir. Je serai déclenchée demain comme prévu car le « vrai » travail n’a soit disant pas commencé. Un peu déçue il faut l’avouer. Ok chéri, tu vas nous chercher un Mcdo ? Je veux manger un dernier Sundae au caramel. Tête à tête entre la fenêtre et le lit d’hôpital.

Je ne vais pas vous le cacher, la nuit a été beaucoup trop longue. Dur de ne pas être ensemble dans le même lit. J’avais besoin de lui plus que jamais mais impossible de dormir à ses côtés. Les contractions ce sont intensifiées, j’avais du mal à tenir le rythme. Il ne savait pas quoi faire pour me soulager. Muette. C’est ça le plus difficile en fait. L’endurance. Le temps qu’il nous ai donné entre chaque pour souffler, respirer, se concentrer. La sage femme fini par me faire une piqûre de morphine pour que je puisse récupérer. Mais rien n’y fait. Les contractions sont très fortes. Mon col se dilate mais pas assez. Faux travail. Je ne désespère pas, je me dis qu’il suffit d’attendre 8h le lendemain, pour qu’elle arrive enfin.

8h00. Suite du marathon. Dans nos têtes c’est le jour J. Le jour où l’on va me déclencher, le jour où on va la rencontrer. Après s’être douchés et préparés,  on nous emmène dans la salle de travail. Je me sens tout suite bien dans cette pièce baignée de lumière. Je vois le ciel depuis mon lit et les arbres avec cette grande baie vitrée. Il y a de la musique et des fleurs peintes sur les murs. Je me sens bien. La sage-femme se présente à nous, elle est jeune et douce. Nous voilà rassurés bien que fatigués avec la nuit blanche précédente. Ma seule préoccupation c’est d’être sûre qu’il va bien. Il a sa petite chaise à côté de moi et je m’inquiète pour lui. L’amour ! Les heures passent et rien ne bougent pourtant les contractions sont toujours là. On m’a injecté le produit mais rien n’y fait. Elle n’est décidément pas pressée.

12h00. L’accouchement naturel me semble être utopique. Je n’ai plus vraiment de forces, cela fait déjà presque 24h que je supporte. Je songe sérieusement à la péridurale. Mon instinct me dit que ça va être encore long. En même temps à force de répéter que je ne voulais pas du 5 mai … Une date trop lourde à porter. Mon bébé, tu m’as écouté. Mon col est dilaté à 5. Je me décide à demander la péridurale. Tout le monde s’affaire autour de moi. Mais mon amoureux est parti se chercher un café, ni une ni deux je prends mon portable pour lui dire de rappliquer. A peine le temps d’appuyer sur « envoyer » qu’il est déjà là. Il ne veut rien rater. Il me soutien comme je l’imaginais. Parfait. Je suis contente il y a de l’action et je vais enfin pouvoir lever le mystère. Ça fait mal ou pas ? Et bien la réponse est non ! Par contre … ça fait tellement de bien ! En un rien de temps je plane. Je ne sens plus rien et je me demande bien pourquoi j’ai attendu aussi longtemps avant de réclamer. En revanche pourquoi ne m’a t’on pas précisé que je ne pouvais plus manger et me lever ?

Les heures passent et rien ne se passent. On essaie de se reposer. Les contractions elles, continuent. La péridurale me soulage tellement, croyez-le ou non mais c’est magique. Et heureusement. Il est maintenant 19h30 et la sage femme vient nous annoncer que c’est l’heure pour elle se passer le relai à son collègue. Pardon ? « son collègue ? Alors là on s’était préparé à tout sauf au fait que je sois accouchée par un homme. L’inquiétude s’installe. « Va-t-il être gentil ? J’espère que c’est pas un vieux ? Euh je suis jaloux ! ». Quelques minutes plus tard un homme rentre dans la salle. Jérôme. On peut souffler, le feeling passe immédiatement. Il est jeune, nous rassure par sa douceur. On lui parle de notre projet de naissance. Il est d’accord avec l’ensemble des points abordés (notamment le « je dis non à l’épisiotomie »).  Je veux que ça lui et pas un autre !

La nuit tombe, il vient nous voir régulièrement pour voir où j’en suis. Toujours rien. Il compatit. J’ai faim et je ne peux rien manger. Je me souviendrai toujours de l’odeur et du bruit des Doritos au cheese du distributeur que mon amoureux mangeait à ce moment là. Jalousie. Mais pour lui aussi cette attente était difficile et il était hors de question qu’il ne prenne pas des forces pour le moment tant attendu. Il ne m’a pas lâché une seconde. Mon pilier.

21h, 22h, 23h, minuit. Mon bébé ne sera pas du 5 mai. Vais-je un jour réellement accoucher ? Je me pose vraiment la question … Le sage-femme continu de nous rassurer. Il m’aide à comprendre comment pousser. Malgré les cours de préparation auxquels j’ai assisté je ne me souvenais plus de rien. Comment un bébé allait pouvoir sortir de moi comme ça ?

1h, 2h, 3h. La péridurale commence à ne plus faire effet. Le sage-femme me conseille de ne plus recharger en anesthésiant pour sentir mon accouchement comme je souhaitais le faire initialement. Il m’explique que je vais pouvoir sentir les contractions et mon bébé passer. Sensations. Je décide de l’écouter. J’arrête d’appuyer sur mon petit bouton, et je me laisse aller.

4h00. Ça y est on va pouvoir y aller. Quoi ? Mais non c’est pas vrai … Le sage femme prépare la salle d’accouchement . lumière tamisée comme nous l’avions demandé. Playlist lancée avec nos musiques préférées. Dans notre bulle. Une  auxiliaire de puériculture arrive. Je ne me souviens plus de son prénom mais elle était